Vous avez reçu du courrier

Quelques milliers de kms chaque année, ouvrent l'esprit et font mal aux pieds !


Péninsule de Kii Tokyo
Carte recue vers 16:34.

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25 décembre 2011

Tout nouveau Tout beau

Un blog nouveau est né. Joyeux noel à tous !

[Lien modifié. Maintenant ça marche !]

http://itakoyak.wordpress.com/

LanaS


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27 octobre 2011

Colis M+3

Les colis envoyés depuis le Japon finissent par arriver à destination, 2 mois après la fin du voyage...

Ca veut dire que les cadeaux ne vont pas tarder à arriver chez certains d'entre vous aussi, chers lecteurs ! En voilà déjà un : Eat'n Waf poste une sympatique photo de ce que j'ai pu trouver d'étrange à troquer contre leurs deniers -->  ICI

LanaS

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09 octobre 2011

Quelques photos - Hong Hua Shan

Je ne peux pas garantir la poursuite régulière du blog, mais je peux au moins envoyer quelques photos.

Aujourd'hui, des photos qui datent de mon séjour près de Shenzhen:

Le parc de Hong Hua Shan (红花山 , la montagne aux fleurs rouges), et sa grande tour. Ici la montagne n'est pas fleurie, mais d'après mes observations, au début de l'été elle est surement couverte des fleurs rouges des nombreux flamboyants qui poussent sur ses pentes. Il y a aussi un grand bosquet d'arbes à Letchis !

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En partant de la gauche: une amie de Sandra, la réceptionniste de l'hotel (montre cette photo à tes amis et demande-leur si je suis jolie !), moi (une vraie géante !).

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LanaS

Carte recue vers 20:20.

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16 septembre 2011

Beijing capital airport, 11h05

 Je viens de quitter l'hotel le plus insalubre où j'aie jamais dormi - pire que l'hotel-au-rat de Hanoï. Mais au moins il y avait des vraies toilettes avec un siège au lieu des toilettes turques habituelles, mes premières depuis plus de deux semaines ! Enfin, cela valait-il vraiment les murs pourrissants, les dizaines de mouchelettes, et last but not least, les insectes dégorgeant des interstices des carreaux de la douche au contact de l'eau ? J'étais toujours décidée à me doucher après le deuxième perce-oreille enragé, mais j'ai fermé le robinet après qu'un long ver rouge ne m'informe qu'en dessous de ma chambre c'était sûrement les égoûts de l'hotel. Ca explique l'humidité sur les murs...

 

Les chambres à l'étage étaient sûrement mieux, mais n'avaient pas internet, et j'avais besoin de vérifier les moyens de me rendre à l'aéroport le lendemain.

 

En ce jour de retour au bercail, un post sur “Comment s'infiltrer dans un groupe quand on est étranger et qu'on ne parle pas la langue ?”, car oui, il y a des techniques et des concessions à faire pour pouvoir se retrouver à jouer les réceptionnistes dans un hotel de Shenzhen, partciper à une course de voiture en tant qu'étudiant de l'université de Tokyo alors qu'on est pas étudiant à Tokyo, partager gratuitement le repas d'une famille vietnamienne qu'on ne connait ni d'Eve ni d' Adam et se retouver dans l'album de famille d'un chef d'usine du Kansai.

 

D'abord pour faire des rencontres, il faut être un peu comédien: plutôt que de pester et de s'énerver contre les transports en commun archaïques d'une campagne pommée, il vaut mieux prendre un air mi-désespéré mi-exténué. Errer en soupirant et passer dix fois devant les mêmes personnes peut aider.... Il y aura très certainement quelqu'un pour avoir pitié de vous, et vous vous ferez un ami par dessus le marché. Eh oui, être étranger c'est accepter de faire pitié quand on est dans une situation pitoyable...

D'autre part, voyager seul aide beaucoup. Adresser la parole à un étranger désoeuvré, dans le bus ou au restaurant, c'est plus facile que de s'immiscer entre deux étrangers qui de toute évidence se suffisent à eux mêmes, et qui bien souvent, parlent bruyamment dans une langue à laquelle vous ne comprenez pas un mot.

 

Voilà, vous avez fait une rencontre. Si vous avez reussi à échanger quelques mots et que vous vous êtes bien débrouillé, vous avez peut-être même décidé de garder contact, de vous revoir dans la semaine ou dans la journée. Si vous ne ressemblez pas exactement à une pop star dénudée, vous avez évité la rencontre “gros lourd graveleux insistant” (il va de soi que celle là ne m'est jamais arrivée, mais je suis sûre que ça existe !). Pour avoir un aperçu de l'univers de votre nouveau camarade, il va falloir accepter toute occasion qui se présente, même si souvent, ça signifie être au milieu de gens que vous ne connaissez pas, qui parlent une langue que vous ne comprenez pas, et qui après les permières minutes, ne vous prêteront pas d'attention particulière. C'est comme ça: vous ne pourrez pas participer à la majourité des conversations et si vous comptiez sur les autres pour vous distraire à chaque seconde vous risquez d'être très innocupé. Je pense qu'il y a toujours quelque chose à apprendre en observant un groupe, mais si vous ne vous sentez pas l'âme d'un sociologue, profitez au moins de cette sortie (en clair, repaissez vous si vous êtes au resto, prenez des photos si vous visitez quelque endroit célebre... Et si la sortie est un peu ratée, ne vous formalisez pas: vous avez prouvé votre intérêt pour vôtre hôte et son pays, et la prochaine sortie pourrait bien être autrement passionnante !).

 

Enfin, même si vous baragouinez un peu la langue du pays, il va falloir accepter de donner une image caricaturale, et parfois complètement fausse, de vous et de votre pays. Tout simplement parce que vous ne maîtrisez pas suffisemment les nuances pour exprimer vos pensées. Vous devrez faire avec, et affirmer des choses que vous savez pertinement exagérées et inexactes. “Non, les Français n'ont pas peur du soleil, ils ne mettent pas de masque et de gants. Ils aiment rester au soleil. Ils aiment... euh... être noirs.” Et ouais, les français aiment bronzer , mais c'est pas simple comme mot, alors voilà, les chinois ils aiment être blancs et les français ils aiment être noirs.

Donc, pensez-y quand vous parlez avec un étranger: ne prenez pas au mot tout ce qu'il dit, et ne lui en voulez pas si vous découvrez par hasard qu'il ne vous a pas exactement dit la vérité...

 

Sur ce, je pourrais déclarer ce blog officellement en pause, jusqu'à mon prochain voyage (je vise la Corée du Sud...) ; mais il y a encore tant de choses à raconter que, comme chaque année, je garde l'espoir de mettre à jour le blog...

 

“- Lana, est-ce que les français mangent du riz ?

- Oui, mais il n'est pas pareil. Les français aiment le riz en grain, le riz qui ne colle pas.

- Quoi ???

- Euh, oui, je crois que la cuisson est différente...

- Hmm... Je suppose que les français mangent du riz cru...”

 

Elémentaire, mon cher Watson !

LanaS

Carte recue vers 16:01.

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12 septembre 2011

Demain le chemin du retour durera 3 jours...

Aujourd'hui c'est le festival de la mi-automne ! Oui, on est tout juste à la fin de l'été et il fait 35°, mais le calendrier lunaire en a décidé ainsi, alors tout le monde sort s'amuser, les enfants se baladent avec des lanternes en papier, à tous les coins de rue on allume des ribambelles de pétards, on joue aux devinettes et tout le monde mange des gâteaux de lune à l'orange, aux haricots ou fourrés avec un jaune d'oeuf salé. Quant à moi, je me contenterai d'une assiette de pickles de bambou, d'un poisson de rivière au caramel, de crevettes sauce à l'ail, de chou blanc braisé, de bacon de boeuf frit aux pousses d'ail, de poires de mandarines de goyaves et de pastèques, le tout arrosé de litres de thé au jasmin et de jus de pois vert.

Y a des fois, faut rester simple, c'est tout...

Mais continuons sur des choses moins légères. Une fois sorti de l'enfance, élevé par tes parents à Shenzhen, ou par tes grands-parents si tes parents ont choisi de te laisser à la campagne, tu décides de venir chercher fortune à Shenzhen à ton tour. Comme des milliers d'ados, tu trouves un boulot à l'usine: les managers veulent de la chair fraiche aux réflexes rapides et aux bons yeux pour travailler sur les chaînes de production.

La moyenne d'âge de tes collègues est d'environ 20 ans, parfait pour chercher ta future moitié. Si tu es une fille, l'épilation des jambes et des bras, le maquillage, les boucles d'oreilles n'ont vraiment rien d'une obligation sociale. Contrairement à la France, se colorer les cheveux n'a rien de systématique. J'ai aussi souvent entendu des européens pousser des cris d'offraie en parlant de l'obsession des femmes asiatiques pour la peau blanche. Oui, les gens craignent le soleil et certains utilisent des crèmes blanchissantes. Ca ne me choque pas plus que les gens qui achètent de l'autobronzant ou se crament aux UVs.

Voilà pour les filles; par contre, les garçons doivent être beaux, ou au moins "cool". D'où des coupes de cheveux improbables, des colorations, piercings, tatouages, des décolletés de 30cm de profondeur et des attitudes parfois caricaturales. Néanmoins, si tu vis au coeur de de Shenzhen, tu éviteras de porter des bijoux, si tu tiens à tes doigts et à tes lobes d'oreille.

Voilà, tu as 24 ans, avec un peu de chance tu t'es marié; si t'es une fille tu es probablement déjà enceinte et c'est pas la première fois, si t'es un mec tu as déjà toute une famille qui vit sur ton salaire. Tu es responsable de leur bien-être, et quand tu conduis ton scooter poussif avec ta fille à l'avant, ton fils à l'arrière et ta femme enceinte au milieu t'as intérêt à faire gaffe aux bus bondés et aux camions sans freins.

Tu as 50 ans. Tu es déjà trop vieux, trop abimé pour avoir un vrai boulot, tu fais des petits travaux et si tu as des gosses pour subvenir à tes besoins, tu restes à la maison tant que le soleil tape. Tes enfants sont peut-être aux quatre coins de la chine - ici si t'as pas de boulot ben s'exiler à des miliers de kms c'est juste normal. De temps en temps tu leurs rends visite. Tu as des problèmes de santé, peut-être du diabète, et tu as mal aux yeux; mais à partpour leur réclamer des petits enfants, tu ne veux pas embêter tes gamins qui triment dur et te font vivre à la sueur de leur front. Du coup quand tu leur en parle, c'est déjà trop tard.

Comme la mère de mon amie Sunny, tu finis à l'hopital pour un banal mal d'yeux, et quand tu en sors tu as besoin d'une greffe de cornée. L'hopital n'avait pas les moyens de se payer de bons médocs, mais quand ton fils, qui a démissionné pour s'occuper de toi, s'en rend compte, le mal est fait. On te traine de clinique privée en hôpital très cher, mais le verdict est toujours le même: soit tu t'achètes une cornée au marché noir sur internet, soit tu te fais énucléer. Tu en as marre d'attendre et de souffrir, tu préfererais qu'on t'enlève un oeil, mais ça horrifie tes enfants qui refusent cette éventualité. Toi tu ne parles pas un mot de mandarin, tu parles le dialecte de ta province d'origine, tu dois te plier aux choix des te enfants qui eux, peuvent communiquer avec les medecins. C'est précisément ce qui arrive à la mère de Sunny, c'est pourquoi je n'ai pu la voir qu'une journée.

Pour finir sur une note plus gaie, une bonne nouvelle: Sandra a fini par être submergée de commandes énormes de la part d'un nouveau client Australien. Si elle parvient a conclure la vente, elle enpochera un sacré gros bonus et quittera son boulot.

Quant à moi, demain 30h de train m'attendent, puis une nuit de repos à l'hotel avant de prendre l'avion et de rentrer à lyon, dans mon appart plein de cartons où je n'ai passé en tout que 30mn en visant large. Voilà près de 4 mois que je n'ai pas été dans un environnement francophone, ça va me faire bizarre. D'autant que, cette année tous(tes) les chinois(es) me l'ont dit, mes amis comme les parfaits inconnus : "Bon sang, tu ressembles vraiment à une chinoise. C'est dingue ! Mon frère/ ma mère a la même couleur de peau que toi, mais la tienne est plus jolie. Y a que tes cheveux qui sont pas comme les notres... C'est quoi, c'est naturel ? J'aimerais bien avoir les mêmes ! En fait, t'es vraiment jolie !" Euh, merci... Enfin, quelque chose me dit que tu ne sais pas dans quoi tu t'engages avec cette histoire de cheveux. En fait le frère de Sandra est vraiment aussi noir que moi, pourtant en le voyant j'avais rien remarqué...

LanaS


Carte recue vers 07:50.

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10 septembre 2011

Y a pire que d'être étranger

Shezhen vient d'être élue deuxième pire ville du monde pour son trafic routier par une étude internationale, derrière Mexico City. Paris arrive 13è.

Tout le monde vous le dira: si t'es étranger, faut pas mettre les pieds à Shenzhen. On va te dépouiller, te rouer de coups, t'arnaquer et si tu ne meurs pas d'un accident de la route tu mourras d'une crise d'allergie à la pollution - ici le ciel est si poisseux qu'on peut regarder le soleil dans les yeux, ça fait écran (n'allez quand même pas vous brûler la rétine hein). Heureusement, moi j'habite pas à Shenzhen mais juste à côté. Mais faut nuancer: comme dit Sandra, "si t'es étranger, ils savent que tu iras te plaindre à ton consulat, et qu'ils auront de gros ennuis. Alors ils préfèrent s'attaquer à leurs compatriotes."

Avant de continuer à écrire, je me dois d'expliquer pourquoi mes posts au Japon ressemblent à une litanie de louanges alors que mes posts en Chine ont l'air d'une liste de défauts. Bien sûr la Chine c'est super, si j'aimais pas ce pays je n'y retournerais pas chaque année. Tout le monde sait que la nourriture est excellente, le coût de la vie extrèmement bas, les paysages fantastiques et la culture fascinante; et le Japon a bel et bien de gros défauts. Mais si les chinois sont très cash, n'hésitant pas à critiquer vivement les travers de leur pays et de leur gouvernement quitte à noircir le tableau ("Y a rien à voir en Chine, t'as pas l'impression de perdre ton temps ici ?"), les japonais ont  plutôt tendance à vanter les qualités de leur style de vie et à tourner même les défauts les plus évidents en "différences culturelles". Je sais qu'être expatrié au Japon n'a rien d'une sinécure, qu'il faut en baver pour ouvrir un compte en banque, louer un appart ou acheter un téléphone sous prétexte qu'on est étrtanger, qu'il y a des quotas autorisés de telle et telle religion, mais ce n'est pas le genre de chose dont les japonais vont me parler naturellement, même quand ils sont au courant de ces partiques. Je ne connais pas assez la culture et la langue japonaise pour analyser ces problèmes et livrer une critique avisée ici. Alors que je peux sans remords retranscrire les critiques de la Chine par les Chinois : c'est pas moi qui le dit, c'est eux. Je n'ai jamais eu droit à une critique sincère du Japon de la part d'un japonais, le mieux que j'ai eu c'est cette magnifique phrase d'Usami (sobre) : 

 "Nous les japonais, on est sales, on est tooouus sales, on boit notre urine et on descend directement des insectes."

Mais bien sûr. Tant de sincérité me confond :°/ !

Donc comme je disais, être étranger à Shenzhen n'a pas l'air facile, même si je passe mon temps à me faire promener, payer des repas etc. Mais être chinois à Shenzhen n'est pas non plus évident. Il y a de bons côtés à vivre dans une grande ville, mais il y a aussi de très mauvais côtés.

Par exemple être enfant. La grosse majorité des gosses sont bien nourris, voire pourris-gâtés, vont à l'école. Mais les enlèvements d'enfants sont une menace réelle pour leurs parents. L'autre jour, me joignant à une foule rassemblée au bord de la route, j'ai assisté à un spectacle de rue. Une toute petite fille faisait des acrobaties. Puis elle s'est approchée en tremblant d'un gros coffre, l'a ouvert, et s'est enfuie d'un air effrayé. Je pensais que ça faisait partie du spectacle, mais les adultes de la troupe ont juste continué le show comme si de rien n'était.

"Sandra - Tu veux continuer à regarder ?
Moi - Non. Cette petite fille me fait pitié.
S- Oui, elle a vraiment eu peur de quelque chose, pauvre enfant.
M - C'est la nuit, elle devrait être en train de dormir ou de faire ses devoirs. Sa vie ne doit pas être facile.
S - Tu sais, ces gens ne sont probablement pas ses parents. Les enfants des troupes itinérantes sont souvent des enfants kidnappés. Un jour ils disparaissent, et personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Ce sont des choses qui arrivent vraiment."

Une autre fois, nous discutions en attendant le bus, quand un gamin potelé est sorti de nulle part, trottinant maladroitement sur ses jambes arquées. Il n'y avait personne à l'horizon, personne d'autre que nous dans les parages. Sandra, effarée, a vivement interpelé le garçon: "Petit camarade ! Ca ne va pas de te promener tout seul comme ça ?!  C'est dangereux, où sont tes parents ? Rentre vite chez toi !". Sans lui jeter un regard, il a continué son chemin et a disparu en zigzagant dans une ruelle sombre.

"C'est comme ça que les enfants disparaissent. Ses parents tiennent probablement une boutique dans les parages, ils sont occupés avec un client, ils n'ont pas le temps de s'occuper de leur gosse. Pendant qu'ils ne regardent pas, le gamin s'échappe. Tu as vu comme il court vite, alors qu'il ne sait même pas où il va ? En quelques instants il est hors de vue. Une aubaine pour les kidnappeurs d'enfants. Ensuite ils iront le vendre."

Le vendre, peut-être à des gens qui n'ont pas d'enfants, où qui n'ont que des filles et qui veulent un garçon, ou au contraire qui veulent s'assurer une belle-fille docile pour leur fils. Mais ça, c'est juste moi qui l'imagine. En réalité, je ne sais pas où finissent les enfants vendus. Il faut aussi relativiser ce que dit Sandra: en l'absence de statistiques, difficile de savoir s'il s'agit d'un phénomène marginal ou d'une menace récurrente.

Demain, je continuerai sur les vicissitudes de l'âge adulte à Shenzhen...

LanaS

Carte recue vers 07:40.

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09 septembre 2011

Les liens sacrés du mariage

La réceptioniste de l'hotel a 24 ans.

Un peu comme Chihiro, elle a commencé par me parler longuement tous les soirs, tout en sachant que je ne comprenais que le dixième de ce qu'elle disait. Puis quand je me suis suffisemment habituée à son accent et à son vocabulaire, nous avons pu avoir quelques échanges simples. Enfin, assise derrière le comptoir plus de deux heures tous les soirs, je suis devenu un élément du décor au même titre que les plantes et le chat. Je suis un peu comme un animal apprivoisé: les clients me font parler un peu ("Oh, elle parle ?  Où l'as tu trouvée ? Comment elle s'appelle ? Vas y, dis nous quelque chose !"), je surveille la réception quand il n'y a personne pour le faire, et comme tout bon animal de compagnie, je fais quelques tours pour lesquels je reçois des récompenses: "Je t'ai amené une pastèque ! Vas-y, dis nous quelques mots en français!".

Comme la majorité des gens de la ville, la réceptionniste n'est pas d'ici. Oui, les gens de Shenzhen viennent de tous les coins de la Chine, à la recherche de l'ascenseur social. Leurs parents sont chauffeurs de moto-taxi, restaurateurs; eux sont ouvriers, négociants, ingénieurs. Ici plus souvent qu'ailleurs on se questionne sur ses origines: "Tu manges des nouilles ?" demandera-t-on pour confirmer que quelqu'un vient du Nord. S'il a plutôt un accent du Sud, la question deviendra: "Tu manges du riz ?" - les gens du Sud mangent des produits à base de riz et ceux du Nord à base de blé, comme chacun sait. "Ta prononciation du mandarin est très claire, tu viens du Nord, n'est-ce pas ? - Tu rajoutes du piment à tout ce que tu manges. Tu viens du Sud, hein ?"

A ces questions, on répondra sobrement: "Oui, nous autres natifs de Hunan, nous mangeons toujours épicé." ou encore "Ma province natale est Hubei, nous parlons le mandarin preque sans accent."

La réceptionniste est arrivée ici il y a trois mois. Elle s'est enfuie de sa maison, pour échapper à un mariage arrangé. Mariage arrangé ne veut pas dire mariage forcé: ses parents savent très bien où elle est, ils lui téléphonent, mais ne l'ont pas dénoncée à son ex-futur mari. Ils voulaient lui trouver un époux car à 24 ans, elle devrait déjà avoir fondé une famille. Je crois qu'elle s'est enfuie par dépit, voilà ce que j'ai pu reconstituer de son histoire, depuis mon niveau de chinois relativement bas:

Elle avait un petit ami, plutôt aisé et bien plus agé qu'elle, pas spécialement beau. Mais il était très gentil avec elle, l'avait aidée à de nombreuses reprises quand elle avait des ennuis, aussi en était-elle tombée amoureuse. Ce n'était pas pour son argent qu'elle l'aimait bien: elle est jeune et jolie, et avec la pénurie de filles actuelle en Chine, les jeunes prétendants beaux et riches ne manquent pas. Ici, les filles n'ont pas vraiment besoin de se torturer pour être belles. C'est la loi de l'offre et de la demande: des filles, il n'y en aura pas pour tout le monde, tous en sont bien conscients: c'est aux garçons de se mettre en valeur, de passer des heures chez le coiffeur, de se parer d'atours colorés, de se démarquer. Comme au Japon, c'est dans la classe ouvrière que l'on trouve les styles les plus extravagants.

Un jour, les parents de la jeune réceptionniste lui ont fait part de leurs projets de mariage avec un parfait inconnu. A ce moment, elle s'est probablement rendue chez son riche amant pour le persuader de demander sa main et faire d'une pierre deux coups: rassurer ses parents sur son avenir et lui éviter le mariage arrangé. Mais son amant n'était pas l'ange qu'elle croyait: il était marié, avait même des enfants. Ses beaux rêves fleuris s'étant brusquement évanouis, et n'ayant plus personne pour la sauver de son futur mari inconnu, elle s'est enfuie, et a atterri ici.

"Tu sais, il y a souvent des hommes qui me proposent de me payer des cadeaux, de m'inviter au restaurant. Beaucoup de filles se laissent séduire ainsi. Mais je ne suis pas comme ça. Je suis une fille bien, pas quelqu'un qu'on achète, je ne veux pas profiter de l'argent d'inconnus.

Tu sais mon amant, il m'a dit qu'il voulait se marier avec moi. Qu'il quitterait sa femme, abandonnerait ses enfants et qu'il me sauverait du mariage arrangé. Mais je ne suis pas comme ça. Je ne vais pas voler le mari d'une femme enceinte qui ne travaille pas, et qui a des enfants en bas âge, tu te rends compte ! Maintenant il veut m'épouser, mais plus tard s'il trouve une autre femme plus jeune, je finirai moi aussi seule avec mes enfants. Mais je l'aime, que dois-je faire ?!

- Tu as raison, mais je n'en sais rien.

- Bien sûr que tu ne sais pas ! Tu n'es qu'une enfant."

A bien y regarder, tu n'es pas beaucoup moins enfant que moi.

LanaS

Carte recue vers 14:53.

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08 septembre 2011

A la pêche

Il y a quelques jours, je suis allée à la pêche avec Sandra et une de ses collègues. On n'avait qu'une canne à pêche pour trois, mais j'ai quand même péché 5 poissons en 3h, sans compter les minuscules que j'ai remis à l'eau !

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Nous pêchions depuis "le ponton des pauvres", mais j'ai pris une photo du "ponton des riches":

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Ensuite on est allées à l'appartement de Sandra, où elle nous a fait la cuisine:

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Pousses de bambou séchées, celeri, porc salé et poivron

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Ma pêche passe à la casserole avec du gingembre et des pousses d'ail:

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Poisson salé:

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Riz aux oeufs de canard:

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Sandra est une bonne cuisinière: depuis toute petite elle doit cuisiner pour ses frères et soeurs. A l'inverse, Sunny n'a jamais touché une casserole: elle est la plus jeune d'une fratrie de 6 enfants. Son époux tout neuf ne sait pas non plus cuisiner, alors ils passent leur temps au restaurant - ça ne coute pas beaucoup plus cher. La politique de l'enfant unique n'est une réalité que dans les familles chinoises aisées, qui vivent dans de grandes villes où d'éventuels controles pourraient être effectués. C'est le cas de la plupart de mes camarades chinois de l'insa, tous enfants uniques. Les familles réellement riches payent simplement la taxe nécessaire pour avoir le droit à un deuxième enfant. De toute façon, une fois l'enfant illégal né, tout ce que peut faire le gouvernement en restant dans la légalité c'est te coller une amende.

Mais dès qu'on s'éloigne un peu des grandes villes pour aller à la campagne, et même dans les grandes banlieues à l'expansion incontrolée, l'enfant unique n'a rien d'une réalité. Je ne crois pas me tromper si j'avance que l'immense majorité des chinois a entre 1 et 2 frères et soeurs. De tous les gens que j'ai connus ici en 3 voyages, aucun n'est enfant unique. Ca n'empêche que la Chine a bel et bien réussi à réduire sa population ces dernières années.

Pour clore ce post, une photo d'un dortoir semblable à celui de Sandra. C'est un cran au dessus des dortoirs d'usine, dont les portes et fenêtres ne sont que de grandes ouvertures dans des murs nus. Sandra gagne 100€ par mois. C'est une misère, même ici où le coût de la vie est bas: son secteur est en crise, elle est commerciale mais n'a reçu aucune formation, c'est tout simplement le seul débouché pour les gens justifiant d'un bon niveau d'anglais. Certains s'en sortent bien; Sandra, elle, n'a décroché que deux commandes en un an. Elle doit demander à son mari de l'aider financièrement pour s'en sortir. Elle gagnait mieux sa vie sans parler anglais, elle faisait du dessin industriel et était financièrement indépendante. Mais c'est dur d'admettre qu'on vivait mieux sans qualification, et que tous ces efforts et cet argent dépensés dans une école de langues n'ont servi qu'à abaisser drastiquement son niveau de vie... Dans quelques mois elle démissionnera, et se fera femme au foyer pour le plus grand bonheur de son mari, et probablement pour le sien propre aussi. A plus de 30 ans, elle estime qu'il est largement temps pour elle d'avoir des enfants; ici la moyenne d'âge du premier enfant doit être 20 ou 21 ans et l'espérance de vie moyenne du pays a beau dépasser les 70 ans, je n'ai vu personne dépassant les 50 ans dans cette ville-ci. Pourtant tous les matins, des miliers d'adolescents s'engouffrent dans les usines. 

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LanaS

Carte recue vers 16:25.

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02 septembre 2011

Vernis et soupe de foie

Aujourd'hui j'ai retrouvé un accès à ma messagerie, et j'ai aussi attrappé un rhume \o/

En ce moment, j'ai un peu l'impression d'être un croisement entre Tintin et une stagiaire. Tous les matins je vais à l'usine où travaille Sandra  (elle est commerciale, responsable des ventes à l'international). Je m'installe à mon bureau attitré et je surfe sur le net jusqu'à ce qu'il se passe un truc interessant, ce qui arrive de façon régulière environ toute les deux heure: une invitation à manger, un coup de main à donner, quelqu'un venu de nulle part qui veut me parler... Ca c'est le côté stagiaire.

Mais il y a aussi un coté Tintin/Zone interdite, dans le sens où je suis en immersion dans une entreprise chinoise dans une ville où pas un étranger ne met les pieds. Je visite l'usine et constate qu'ils utilisent les mêmes outils que nous à l'INSA, je découvre la vie rude des ouvriers - ceux que la délocalisation fait bosser. Je suis invitée à dejeuner à la cantine de l'usine, ou dans les dortoirs où on vit à douze dans une pièce ouverte aux quatre vents. Je ne suis pas là pour jouer au reporter de M6, m'horrifier des conditions de vie, faire la dégoutée et tout critiquer; je suis là parce qu'une jeune fille a voulu partager son déjeuner avec moi, m'a fait une soupe pour soigner mon rhume et m'a invité à s'asseoir à sa table. Ca me touche que ces gens qui ne me connaissent pas me préparent à manger et m'invitent dans leut petit chez eux sans hésitation.

C'est comme la réceptionniste de l'hotel. Sandra m'a littéralement confié à elle en lui disant de bien s'occuper de moi et de me faire progresser en chinois. Elle prend sa tache très au sérieux, et par certains côtés me fait penser à Chihiro. Elle me met de force du vernis sur les ongles, critique mes pantalons, me raconte sa vie pas toute rose, en me disant qu'elle ne se confierait pas comme ça à un Chinois, mais que comme je ne suis pas d'ici, à moi elle peut tout me dire. Aujoud'hui elle s'est fachée tout rouge parce que j'avais de la fièvre à cause de mon rhume, et qu'au lieu de l'appeler au secours je suis rester comater dans mon lit. Mais qu'est-ce que tu fais ?! Prends donc des médicaments et bois de l'eau chaude ! Allume la clim, mange quelque chose ! Et la prochaine fois que tu te sens pas bien tu m'appelles, tu endends ?! Et s'il le faut on ira à l'hopital !

Elle semblait littéralement mortifiée ("Mais les enfants d'aujoud'hui c'est n'importe quoi hein !"), mais c'était juste mon état normal d'enrhumée: assommée de fièvre, le nez qui coule et l'air hébété... Un rhume quoi ! Je voulais juste dormir jusqu'à la fin des temps, mais elle était si fachée que j'ai juste fait tout ce qu'elle m'a dit. De toute évidence, elle a ensuite téléphoné à Sandra qui m'a apporté le diner au lit (soupe et nouilles), ainsi que des provisions de médicaments et le petit déjeuner pour demain. En fait c'est bien d'être un gosse...

LanaS

Carte recue vers 02:27.

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01 septembre 2011

Mon royaume pour un acces à ma messagrie :((

 Mes deux semaines de vacances en Chine ont commencé par 4h de retard de l'avion Tokyo-Beijing, ce qui fait que je suis arrivée au milieu de la nuit et qu'il faisait tout noir = impossible de trouver le chemin jusqu'à l'hotel. Je hèle donc un taxi, c'est un vieux monsieur qui conduit:

 

Moi – Vous connaissez cette adresse ?

Lui – Je ne sais pas lire ces pattes de mouches (alphabet latin), mon petit ! Lis moi donc l'adresse !

 

Je lui lis donc l'adresse, et après une longue recherche (pas de numéros sur les maisons...), nous trouvons l'hotel en question, où m'attend le billet de train envoyé par Sandra. Après une bonne nuit de sommeil et une journée de repos, direction la gare de Beijing Ouest. Comme il se doit, je me perds, et un mec torse nu très louche m'aborde. En tant qu'étrangère ayant visité seule les villes touristiques du Vietnam, tout ce qui a deux pieds ou deux roues et qui me demande “où vas tu” est classé dans la catégorie “ennemi”. Comme je suis bloquée à un feu rouge, je décide de faire semblant d'être bête pour qu'on me laisse en paix.

 

Torse-nu – Hey ! Hey ! Ou vas-tu ? Heeey !

Moi - *sourire bête, hausse les épaules*

Torse-nu – Tu viens d'où ?

Moi - *fait non avec la tête*

Torse-nu - *se tourne vers un type assis par terre avec une bière* Tu as vu ? Celui là voyage à l'étranger, il comprend pas le chinois et en plus il est muet !

Bière – Hey toi, tu parles anglais ?

Moi - *fait le signe “un peu” avec les mains*

Torse-nu – Il est muet je te dis !

Bière - *se tourne vers un étudiant avec un sac à dos* Hey petit, tu as étudié l'anglais à l'école, pas vrai ? Parle donc à cet étranger !

Gamin – Euuuuh ! Hellow ! Where you go ?

 

Là je me décide à parler parce que bon, je vais pas attendre qu'ils rameutent tous les passants, pourquoi tant d'insistance envers un étranger muet et stupide ? Je réponds en chinois:

 

- Gare de l'ouest.

Gamin – Train ? You... train ?

Moi – Yes.

Gamin – C'est de l'autre côté, tu marches dans la mauvaise direction...

Moi – Euh, vraiment ?

Gamin – Bah oui, c'est là-bas.

Moi – Ah... Merci...

Gamin – Bye bye !

 

C'est comme ça que je me suis rendue compte que mon voyage au Vietnam m'avait rendue parano, au point de repousser des gens qui veulent juste m'aider, moi et ma grosse valise que je trainais obstinément dans la mauvaise direction. En fait j'ai vraiment eu honte de ne pas avoir fait l'effort de parler en chinois au type qui m'avait adressé la parole, alors que son ami l'étudiant avait vraiment fait de son mieux pour m'aider, avec le peu d'anglais qu'il connaissait. Voilà, tout ça pour dire qu'il ne faut pas snober les pékinois sous prétexte qu'on a eu de mauvaises expériences ailleurs.

Quelques minutes plus tard, alors que je marchais dans une rue qui devenait de plus en plus sombre, un moto-taxi me hèle. Bien que voyant difficilement comment ça pourrait se finir autrement que par un “monte sur ma moto que je t'arnaque”, je lui réponds quand même : je vais à la gare de l'ouest. La gare de l'ouest ? C'est juste là, tu vas tout droit et tu tournes à droite; regarde, je vais te montrer, regarde bien où je vais.

Et voilà, il m'a indiqué la route et est reparti sans me demander le moindre sou. C'est carrément difficile à croire quand tu as trainé ta tête de touriste à Hanoi !

 

Ensuite, j'ai eu droit à 38h de train non-stop, avec comme voisins de couchette deux gamins de 7/8 ans (et tout le monde sait à quel point j'adore les gosses), bruyants et sans gêne comme il se doit. Ce qui aurait été bien c'est de faire connaissance avec mes autres voisins, mais tout le monde était si exaspéré par les braiements incessants des deux morveux qu'on a tous passé le plus clair du temps la tête sous la couette. Quand la petite famille est descendue, 6h avant le terminus, les gens ont fini par oser s'adresser la parole: Et toi tu vas où ? Ah moi aussi... Et puis tout le monde a sombré dans un sommeil lourd et bien mérité.

 

Arrivée à Shenzhen où m'attendait Sandra, nous avons discuté un moment, mangé un morceau (“tu manges rien, c'est pour ça que t'es toute maigre !”) puis avons pris le bus pour se rendre à mon hotel, près de son village. C'est un “village usine”, peuplé uniquement des gens qui travaillent dans les petites usines d'à côté, et qui de toute évidence n'avaient jamais vu d'étranger. Il y avait un jeune timide, qui tout en se cachant dans les rideau du bus, n'a pas osé me demander directement si je “suis née avec mes cheveux comme ça (frisés), c'est naturel ou bien c'est fait par un coiffeur”, et un vieux monsieur très bronzé avec de toutes petites dents très blanches, qui m'a souri en me regardant dans les yeux pendant dix bonnes minutes avant que je lui adresse finalement la parole. Il parlait très doucement, et souriait pertuellement de toute sa figure dès qu'il posait les yeux sur moi, tout simplement ravi. Je lui ai dit que je venais de France, mais je crois que j'aurais aussi bien pu lui dire que je venais tout droit de Mars. C'est bizarre, personne ne m'accordait spécialement d'attention quand j'étais dans la campagne profonde ou dans les grosses villes, pas plus qu'on ne prête d'attention aux estriopiés ou aux SDF. C'était juste normal que je sois là et que je parle mandarin. Mais ici, dans cet endroit coincé entre une ville géante et une campagne inhabitée, je pourrais aussi bien me faire pousser des cornes et marcher sur la tête que je n'aurais pas l'air plus étrange...

 

A l'hotel, la réceptionniste pose quelques questions d'usage, puis demande mon âge. Quoi ? 21 ans ? Mais ce n'est donc qu'un petit enfant ! Un bébé ! 21 ans, mon dieu !

Tu entends Lana, elle dit que t'est un petit enfant ! Hahaha, un bébé ! Ho ho ho !

Oui Sandra, j'ai bien entendu, voilà bien quelque chose qui ne change pas, quelque soit le pays où je vais....

 

- Tu sais Sandra, dans mon train il y avait deux enfants et...

- Oh mais c'est très bien ça ! Tu leur a parlé ?

- Ben non, c'était vraiment des enfants, de 7 ou 8 ans, et …

- Mais oui, tu aurais pu pratiquer ton chinois !

- ...

LanaS